Pauvre Emilie Boiron. Alors que l'édition du quotidien Le Matin du 13 janvier dernier annonçait fièrement que la blonde Genevoise serait l'une des prochaines Bond girls, la directrice londonienne du casting affirmait, quelques mois plus tard, n'avoir jamais entendu parler d'Emilie Boiron. Il y a comme qui dirait une couille dans le potage. Voire du lard dans la bassine.
L'horreur glauque, le désaveu cinglant: un jour t'es sur le point de jouer la mouche du coche dans Ben Hur et le lendemain tu n'es plus que la troisième roue du char (qui n'en comptait deux si tu t'en souviens). Gloire et misère du chaud-bizenesse, univers éclaté entre poussières d'étoiles et embruns de chiottes d'aire d'autoroute, buffet enchanteur où le caviar beluga n'est jamais très éloigné du mille-feuilles fourré à l'ail.
Forts de la dénégation ferme de la responsable du casting, plusieurs quotidiens suisses se sont alors mis à traiter le mannequin genevois de "menteuse". Heureusement, l'excellent magazine l'Illustré, dont l'aptitude à servir de paillasson à la jet-set locale de sous-préfecture se confirme à chaque numéro, revient sur la question en donnant un droit de réponse à Emilie. Un dossier suintant de bons sentiments, publié le 16 novembre et distribué dans tous les hospices pour vieux, juste entre le repas du soir de 17h30 et le popo de 18h15.
Un dossier qu'il vaut cependant mieux lire après avoir enfilé un Pampers double couche, pour éviter de se faire dessus en riant. Attention, faut s'attacher, ça tape un peu au niveau des essieux arrière: pour justifier le fait que l'équipe du casting ne la connaissait pas, Emilie a cette phrase sublime qui relativise l'importance surfaite que la plèbe inculte attache aux castings lorsque, comme elle, on est une vraie star: «Angelina Jolie ne va pas aller se pointer à un casting avec 400 filles. Elle a des contacts, elle appelle des gens. Tout le monde parle de casting pour ne pas avouer disposer de passe-droits. Je ne vais pas crier sur les toits que j'ai moi aussi des passe-droits» (sic). Foutrequeue. Rien que ça.
Vous avez bien lu: on ne mélange pas les torchons et les serviettes et quand on s'appelle Emilie Boiron et qu'on tutoie les anges, on ne s'abaisse pas à faire des castings comme de vulgaires Miss Cervelas à la Quinzaine de la Tripe dans l'Hypermarché du coin. Non mais. Emilie a quand même fait 5 ou 6 soirées de charité à Genève, merde!
Monsieur Lavomisse trouve qu'Emilie aurait quand même pu filer le tuyau des passe-droits à toutes ces radasses assoiffées de gloire et de lumière qui se présentent aux shows de téléréalité sur TF1 ou M6 et qui déterreraient leur arrière grand-père pour lui prodiguer une gâterie post-mortem si cela pouvait les aider à percer dans le show biz.
Mais heureusement, le happy-end finit toujours par pointer son groin à la fin et le ciel s'éclaircit pour Emilie qui conclut, toujours dans le même article, qu'elle serait à "bout touchant" (re-sic) de conclure un contrat lui assurant un rôle dans Rocky VI avec Sylvester Stallone (cf. article). Jouer dans un film d'art et d'essai après Bond, c'est une vraie consécration. En plus, elle ne devrait pas avoir trop de peine à exploser la tronche de Stallone dès le premier round: avec l'âge, le vieux n'est plus très sûr sur ses jambes aujourd'hui.
Comme Emilie a avoué n'avoir aucune expérience du métier d'actrice, on lui conseille quand même de s'entraîner un peu. Pour information, la MJC de Plan-les-Ouates cherche encore des volontaires pour sa revue annuelle. Cette année, ils montent un spectacle de deux heures inspiré des Misérables. Entièrement muet. Emilie ne devrait donc pas avoir trop de peine à mémoriser son texte. On la verrait bien camper le rôle de Cosette.
Promis, on ne lui tiendra pas rigueur si elle fait jouer ses relations pour décrocher le rôle sans passer le casting de la MJC. Après tout, Angelina Jolie a bien annoncé qu'elle risquait d'être un peu en retard aux répètes: comme elle loge au Formule 1 d'Annemasse, la pauvre va se coltiner tous les embouteillages.
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