Sport qui a acquis ses lettres de noblesse dans les bars enfumés du Sud des Etats-Unis et d'Australie, le lancer du nain (ou midget tossing, dwarf tossing) est un sport que le Comité International Olympique, à l'instar du parachutisme en salle, n'élèvera jamais au rang de discipline olympique. On ne peut que regretter cette évidente frilosité.
Pour celles et ceux qui l'ignoreraient, le lancer du nain, activité à la fois esthétique et complexe, consiste à mettre la main sur un nain muni d'un casque, à prendre un peu d'élan pour lancer le projectile humain aussi loin que possible. Le plus souvent, le lanceur avalera 5 ou 6 pichets de bière en guise d'échauffement, pour se donner du courage. Le nain, lui, termine en général sa course dans les poubelles encore chaudes du débit de boisson, en hurlant, sous les quolibets moqueurs d'un public ivre de bière et de revanche.
Parfois, il arrive aussi que l'avorton se casse au cours de cet l'exercice. Notamment lorsque le lanceur, trop galvanisé par la foule en liesse, ne voit pas que le mur est un peu trop près de la tête de son nabot. Dans un cas pareil, il importe de ne pas attendre l'arrivée de la police pour enlever le cerveau littéralement tartiné sur la paroi. Une spatule est en général plus indiquée qu'une simple cuillère pour réhabiliter le local. De même, s'il faut achever le nain, on veillera à le faire dans un endroit isolé, à l'abri des regards, pour ne pas gâcher la soirée des invités. Un pistolet à lapins conviendra tout à fait.
Casser un rase-mottes fait hélas partie des risques de ce noble sport que les médias se plaisent à décrier de façon systématique. Mais, à ce que je sache, on ne montre pas le golfeur du doigt lorsqu'il perd une balle. Ni le hockeyeur lorsqu'il casse sa canne. Alors soyons sérieux et pragmatiques. Mais n'oublions pas qu'un élevage de nains est très dispendieux. Le vrai sportif aura toujours à coeur de prendre soin de son matériel de jet.
Par ailleurs, le lancer du nain vient à point pour les personnes de petite taille, qui ont des perspectives professionnelles pour le moins limitées: on peut bien sûr tenter de vitrifier un nain pour le poser dans son jardin. Mais le lutin finira inexorablement par pourrir. Une autre solution consisterait à engager l'homoncule pour la vente de programmes au cirque Knie. Mais là, c'est prendre le risque que les enfants lui lancent des cacahuètes à la gueule (eh oui, ami lecteur, les enfants sont parfois d'une cruauté insondable. Surtout les tiens, du reste). Sinon, et tu le vois bien, un nain est totalement inutile. Il prend de la place, occupe un appartement. Pour rien. Alors autant qu'il amuse un peu les gens, non? Cornecul.
Enfin, il ne saurait être question de terminer ce bref billet sans rendre hommage aux lanceurs eux-mêmes, qui sont des athlètes confirmés. Des sportifs comme David Berry ou Roy 'Cuddles' Merrin. Sûr qu'ils se préoccupent un peu moins de leur übersexualité que Beckham.
Bravo, Messieurs, j'aime beaucoup ce que vous faites.
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