Hier donc, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Marie-Ségolène Royal se sont affrontés lors d'un débat télévisé. L'occasion pour Madame Royal, désormais coutumière des effets d'annonces et de la marketing-politik, de revenir avec son idée de jury populaire, qu'elle décrit sur son blog "Désirs d'avenir". En gros, et pour décrire simplement sa proposition, cela consisterait à tirer au sort des citoyens "qui évalueraient les politiques publiques, par rapport à la satisfaction des besoins, ou par rapport au juste diagnostic des difficultés qui se posent".
Cette idée me paraît non seulement complètement débile, mais également très dangereuse pour les institutions démocratiques.
Un tirage au sort. Cela pourra être toi, moi, lui ou elle. Peu importe la formation de l'individu. Ce qui, si j'extrapole un peu la chose, revient à faire primer, dans les affaires le hasard sur l'expertise, la compétence et le savoir. Et ces gens-là devront donc évaluer des politiques publiques. Avec un dé et un tapis vert? Pour continuer sur la même lancée, on pourrait aussi permettre aux boulangers de construire des ponts, aux aveugles – pardon, on dit non-voyants dans le monde magique du politiquement correct de Ségoland – de piloter des avions de chasse. On serait tous des Teletubbies joviaux. Et à la récré, on se donnerait des coups de pieds dans les couilles et ça nous ferait même pas mal. Ouaaaaaiiis!!
Celui ou celle qui se penche sur les politiques publiques se rend vite compte qu’il s’agit là d’un domaine extrêmement vaste qui transcende l’ensemble des actions d'un Etat. Un nombre grandissant de ces politiques publiques est aujourd'hui “sous influence” de la mondialisation, notamment la fiscalité, les politiques sociales ou encore la politique des travailleurs migrants, ce qui ne simplifie assurément pas la donne.
Madame Royal pense-t-elle vraiment - en gardant son sérieux - qu'un simple tirage au sort puisse, d’un coup de baguette magique, transformer de simples citoyens lambda en spécialistes en politiques publiques?
Madame Royal a-t-elle un seul instant songé quelle serait la légitimité de ces pauvres gens qui, certainement animés de la meilleure volonté qui soit, seront jetés en pâture aux médias et au public, avec leurs maladresses et leurs hésitations? C’est de l’inconscience pure.
En tant que députée et ministre, Mme Royal n'a-t-elle pas eu l'occasion de s'apercevoir que si la démocratie participative pouvait éventuellement fonctionner à l'échelle d'une ville, il en allait différemment au niveau d'un pays, là où la complexité des problèmes exige de vrais experts (en économie, sciences, droit, etc..) afin de coordonner les actions de l'Etat avec ses partenaires internationaux notamment?
Le terme de 'jury citoyen' comporte en outre quelque chose de totalement détestable à mes yeux. Il laisse penser que l'élu(e) est forcément une personne malhonnête qu'il faut surveiller, épier et juger en permanence. Alors que le mandat politique que l’électorat confie à son élu est basé sur la confiance. Il y a là un glissement sournois vers un anti-parlementarisme primaire. Qui est dangereux pour les institutions, car il risque fort de faire le lit de l'extrême droite qui ne demande qu’à jouer à ce jeu-là.
Faire participer le citoyen ? Evaluer l’action des élus ? Mme Royal n’a rien inventé : il existe depuis longtemps un moyen très simple pour les citoyens de le faire. Et on appelle ça le droit de vote. Si XYZ ne convient pas, l’électorat le sanctionne aux prochaines élections. Et, pour les cas graves, en cas de malversations, il y a la justice. On n’a pas attendu les 'jurys populaires', dépourvus de légitimité et vides de tout, pour placer le citoyen aux commandes.
On peut se demander si la démocratie sort grandie de tels effets d'annonces qui essaient de fourguer à l’électeur quelque chose qu’il a déjà, mais avec une jolie étiquette tout en couleurs et un nom qui sonne bien. A mes yeux, cette attitude démagogue et racoleuse est irresponsable. Elle flatte au mieux l’inculture d’une collectivité qui a perdu ses repères. Mais ne contribuera certainement pas à résoudre les problèmes de la société française.
Il serait peut-être temps que Marie-Ségolène cesse ses pantalonnades grotesques et qu'elle présente un vrai programme si elle entend vraiment présider aux destinées de la France.
Il serait temps aussi qu'elle comprenne que les problèmes d'un pays sont totalement différents de ceux d'une région. Et qu'on ne guérit pas les maux du premier avec les remèdes de grand-mère de la seconde.
Sinon, rien à voir, mais dans la même veine, celle qui flatte l'inculture des gens, je lis la déclaration d'un rappeur qui déclare: "les rappeurs sont les existentialistes d'aujourd'hui".
Et mon cul, du poulet.
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