Autant j'apprécie les Etats-Unis pour certaines choses (le New York cheesecake figurant au nombre de celles-ci), autant la tournure que prend la société américaine depuis 15 ans me turlupine - oui, je sais que lorsque j'utilise ce mot, tes pupilles se dilatent, tes lèvres laissent s'échapper un râle primal de 5.8 sur l'échelle de Richter et ton sang afflue soudainement vers un endroit de ton petit corps qui ne regarde que toi. Mais là n'est pas mon propos.
Ce qui me chagrine, c'est qu'aux USA le sens commun indispensable à toute vie en communauté est en train de se barrer au profit d'une hystérie sans limites induite par un individualisme et un égoïsme forcenés. Ainsi, n'est plus admis comme étant juste (je sais, je dis des gros mots) le comportement qu'une majorité de la population considère comme adéquat - en fonction de facteurs culturels, sociaux, etc. - mais le comportement le moins susceptible de donner lieu à des poursuites judiciaires.
Un procès coûte cher aux USA et son ombre est aussi menaçante pour le Ricain moyen que l'épée l'était pour Damoclès (dont les derniers mots furent, pour mémoire: "chérie, je te rappelle, ça va couper". Il ne rappellera hélas jamais). Dès lors, toute interaction avec autrui tend à être appréhendée comme une expérience anxiogène que l'on essaie d'exorciser en la drapant dans un politiquement correct rassurant, pour éviter de donner lieu à des frictions et de faire naître des tensions. Et lorsque qu'un(e) hardi(e) se met à aboyer, tu mets ton sens critique en veilleuse, par peur du système. Peu à peu, tu finis par devenir désabusé et mou du bulbe.
Jusqu'à trouver normal, un beau jour, que l'on menace de licencier un chauffeur de bus d'école portant un bonnet rouge pendant les fêtes de fin d'année, au motif qu'un enfant ne croyant pas au Père Noël estime avoir été lésé par le couvre-chef du chauffeur...
Le mioche et ses parents seraient bien inspirés de consulter un médecin ès boyaux de la tête de toute urgence. Je préconise une bonne coudpiéothérapie. Dans la gueule. Et en musique:
Dorothée - Docteur
[EDIT: deux exemples de procès totalement grotesques: ici et là, juste pour la route].






Très bonne analyse du repli sur soi américain. Je dois dire que cette phrase est particulièrement appropriée: Dès lors, toute interaction avec autrui tend à être appréhendée comme une expérience anxiogène que l'on essaie d'exorciser en la drapant dans un politiquement correct rassurant, pour éviter de donner lieu à des frictions et de faire naître des tensions.
Ceci se ressent très vite au contact de nos amis US, principalement lorsqu'il y a à débattre de choses dites sensibles.
Le problème est que parfois il n'y a pas d'autres moyens que d'entrer en conflit... Alors là, ils sont sans limites. Ca va du zapping genre Colombine à la pluie de missiles genre Baghdad au petit matin...
Rédigé par : dahuvariable | 21 décembre 2006 à 08:05
Oui, mais à l'étranger, le droit américain ne s'applique pas (sauf s'ils tirent par mégarde sur une ambassade et que le personnel diplomatique réclame des dommages intérêts aux Marines...).
Donc pas de crainte de procès coûteux.
En plus, c'est financièrement intéressant, une bonne guerre: ça te permet de te débarrasser de "centre de coûts" tels que les pauvres et les chômeurs (parmi les premiers à s'inscrire sur les listes des corps d'armée) et tu palpes des plus-values intéressantes si ta famille a pris des participations dans des entreprises d'armement avant que tu ne prennes le pouvoir...
Rédigé par : Lavomisse | 21 décembre 2006 à 08:40
il y a de cela quelques années j'ai eu entendu l'histoire d'un accident de Bus aux USA, où certains passants s'étaient mélangé aux victimes, dans l'intention d'obtenir de juteux benéfices au procès.
Ça me semble tout de même un peu légende urbaine et j'avoue n'avoir rien trouvé sur google, mais l'esprit est là.
Sinon, rapport au commentaire, en plus des pauvres et chômeurs, il faudrait rajouter les sud-américains.
Rédigé par : GWCH | 21 décembre 2006 à 10:12
La dernière fois que j'ai loué une voiture aux USA, il était spécifié, sur l'intérieur de la portière "Do not attempt to exit car while driving". Le genre de trucs auquel tu as envie de répondre: "be sure brain is engaged before putting mouth in gear". ;-)
Sinon, il y a évidemment plein de choses et de gens qui méritent d'être connus, aux USA. Juste dommage que l'on assiste à une telle aseptisation des rapports humains.
Rédigé par : Lavomisse | 21 décembre 2006 à 10:46
Tout ça devient pure folie...
Mais avant de s'emballer n'oublions pas que sans doute un américain sur 2 ou 3 est tout à fait normal et équilibré... Attention aux amalgames, on risque encore le procès...
Quelques exemples savoureux aussi ici... enfin surtout dans le livre, qui ne parle pas que de procès : http://virgules.over-blog.com/article-2396390.html
Rédigé par : arpenteur | 22 décembre 2006 à 13:13
Je suis tout à fait d'accord avec toi, l'Arpenteur. Tu sais, c'est parce qu'au fond je les aime bien qu'ils m'exaspèrent autant.
Et je suis conscient de donner dans la caricature et l'exagération. Mais c'est aussi avec une certaine modestie que je me rends compte que je ne parviendrai jamais à être aussi bon qu'eux dans ce domaine: http://www.youtube.com/watch?v=s-SfVFCqIlg
(L'extrait montre le reprentir public de Miss America après que le public a découvert des histoires de fesses et de picole à son sujet. Un grand moment).
;)
Rédigé par : Lavomisse | 22 décembre 2006 à 14:00