Ces jours, Gruyères se donne des airs mélancoliques et inquiétants à la tombée de la nuit, qui feraient presque passer la Transylvanie pour un aimable gag Carambar.
Un épais manteau de brouillard enveloppe le hameau et étouffe le bruit de ce vent glacial qui fait danser les pendus accrochés aux branches des vieux chênes, un peu plus loin dans l'épaisse forêt dans laquelle les enfants ne vont plus jouer.
Du reste, c'est simple: il n'y a plus d'enfants au village. Le dernier a été mangé voici un mois. C'est que l'hiver est rude et les récoltes ont été décevantes. Alors ça braconne jusque dans la cour de la maternelle. Et, quelque part, c'est ma foi bien légitime: il faut bien que tout le monde vive, non?
Un peu plus loin, sur la grand' place, on brûle deux sorcières. Quelques habitants se sont massés autour du bûcher. Moins pour assister à l'agonie des deux malheureuses que pour se réchauffer, tant la modestie de leurs émoluments leur interdit de chauffer leur masure correctement. Au premier rang, un vieillard tuberculeux tousse, le visage luisant de sueur, et expectore un crachat plein de sang qui peine du reste à se séparer de sa lippe pendouillante: lui non plus ne passera pas l'hiver.
A l'orée du hameau, un chien jappe, puis se met à hurler à la mort. Sa longue complainte déchire la nuit comme une lame de rasoir rouillée lacèrerait le ventre d'une limace. Jusqu'à ce qu'un fusil de chasse détonne et permette au lourd silence de la nuit de reprendre ses droits.
On souhaite croire à un mauvais rêve. On l'espère. Jusqu'au prochain épisode désolant qu'offre ce village perdu et qui verra Jean, l'ivrogne des lieux, sortir de l'Auberge du Gai Tocsin en éructant comme un diable et en se plaignant, avec des borborygmes à lui, des démangeaisons qu'occasionne son anus artificiel. Le pauvre hère ignore encore qu'il s'endormira devant la fosse à purin de sa ferme quelques minutes plus tard et qu'il mourra d'hypothermie, avec un pantalon gorgé d'urine pour seul testament.
Bonne fin de dimanche les gens. Demain on va bosser. Joie.
(Bon, cela dit, Gruyères c'est très joli. Surtout en semaine, quand il y a moins de monde)






Sweet'n'cosy, indeed!
J'ai presque envie d'appeler Exit pour un rencard. Peut-être qu'ils font des forfaits en janvier. La "quinzaine du barbiturique" ou "janvier, le mois du noir". Ca serait commerçant.
Rédigé par : Artémis | 06 janvier 2008 à 20:43
Là aussi, je serais plutôt adepte de l'adage "on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même": une poutre dans une grange. Une corde. Un noeud. Couïc.
Outre la difficulté de bien placer le noeud sur la nuque, pour éviter qu'il ne glisse sur l'avant et que l'exercice se solde par une pendaison atypique, le choix de la couleur de la corde est un chausse-trappe de la pire espèce: une corde d'une couleur trop voyante risque de faire passer la victime pour arrogante, une corde terne pour un individu sans relief.
Finalement, le revolver c'est bien aussi.
Rédigé par : Lavomisse | 06 janvier 2008 à 21:23
Quel trou, Gruyères !
(tchikiboum, tchiboum)
Rédigé par : Vésicule en leasing | 07 janvier 2008 à 15:04
Dis-moi au moins que tu fais exprès pour le Gruyère...
S'il te plaît.
Rédigé par : Lavomisse | 07 janvier 2008 à 15:26
Au moins, il n'y a pas que mémère qui ait le blues, la saison 1 en étant déjà à l'épisode 24...
P.S. Bonne année! J'ose?
Rédigé par : quinquajailair | 07 janvier 2008 à 17:33
Lavomisse> T'avais qu'à aller en Emmental :]
Rédigé par : Vésicule tout terrain | 07 janvier 2008 à 18:03
Qqjl> Mais oui, osons. Bonne année aussi!
Vésicule fromagère> Tu me rassures, vieille couenne. ;)
Rédigé par : Lavomisse | 07 janvier 2008 à 20:55
Aaah c'est du grand art !
Dit c'est quand tu passes en Ajoie, histoire de lui consacrer une de tes prose aussi ?
Rédigé par : Emma | 08 janvier 2008 à 13:53
Je me méfie. Parce qu'une region qui dispose d'une chanson gaie (Y a d'l'Ajoie), ça doit vraiment être une vallée de larmes. C'est cousu de fil blanc avec couille sous tipi et baleine sous gravier. On pourrait même affirmer qu'il y a du lard dans la bassine, tant c'est louche.
Peut-être même que c'est impossible d'y aller, en Ajoie: les conducteurs de train, déprimés par la simple idée de s'y rendre, se font sauter le caisson avant. ;)
Rédigé par : Lavomisse | 08 janvier 2008 à 15:21
Joli :-) j'admire !!!
aller je t'invite at home pour la prochaine saint-Martin et on se finira à coup de damassine AOC... ?!
sinon rien à voir mais ça a rendu ma journée encore plus ensoleillée...
http://www.romandie.com/infos/news/9bd7c804f6785e7250404289847cc8f2RSR.asp
écoute bien le début ;-)
Rédigé par : Emma | 08 janvier 2008 à 16:07
Gruyères, c'est comme le Jura: on boit pour oublier qu'on habite là...
Rédigé par : Lafouine | 11 janvier 2008 à 19:34
Lavomisse> ce qui expliquerait pourquoi ceux qui se trognent au bistrot ne retrouvent plus le chemin de la maison après... ;)
Rédigé par : Lavomisse | 12 janvier 2008 à 13:52